Réponse du Président Vladimir Poutine à des allégations portant sur la présumée responsabilité de la partie russe pour la hausse des prix du gaz
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Réponse du Président Vladimir Poutine à des allégations portant sur la présumée responsabilité de la partie russe pour la hausse des prix du gaz

Extrait de la Conférence de presse de fin d'année du Président Vladimir Poutine:

Journaliste:

Monsieur le Président, la question du gaz domine les esprits, surtout en Europe. Nous assistons à une crise du gaz extrêmement aiguë. Cependant, lorsqu'elle a éclaté et que les prix ont grimpé en flèche, nous avons commencé à entendre des accusations sans fin contre Gazprom, contre la Russie en général, et de plus en plus fréquemment. Tout récemment, nous étions accusés de restreindre les livraisons via le gazoduc Yamal-Europe. Ces attaques sont, d’ailleurs, contradictoires : nous sommes accusés de monopoliser le marché européen, et en même temps, de ne pas fournir suffisamment de gaz.

Hier, nos voisins ukrainiens ont fait parler d'eux. Naftogaz (compagnie gazière nationale ukrainienne – ndlr) a de nouveau demandé à la Commission européenne rien de moins que d'obliger Gazprom à proposer davantage de gaz à la vente. Cela peut paraître amusant, bien sûr, mais les Européens n’ont pas le cœur à rire. La situation en Europe est très compliquée : les prix du gaz ont atteint un record historique de plus de 2 000 dollars. Cela ne s'était jamais produit auparavant et était impossible à imaginer. Mais est-ce la faute de Gazprom ?

Monsieur le Président, voici ma question : y a-t-il au moins un petit grain de vérité dans ces accusations contre Gazprom ?

Vladimir Poutine:

Certainement pas. Il n'y a aucune vérité dans ces accusations. C'est une tentative de mettre tout sens dessus dessous.

Une collègue ici présente a demandé ce que l'Occident ne comprenait pas. Ils n’arrêtent pas de mentir pour brouiller les pistes. Gazprom fournit toutes les quantités de gaz demandées par nos cocontractants dans le cadre de leurs contrats. Apparemment, cette société a même augmenté ses livraisons de près de 12 %, ou même de 20 % si l’on comptait l’étranger lointain uniquement. Elle augmente également l’approvisionnement vers l'Europe.

Apparemment, nous sommes le seul pays, [Gazprom est] la seule entreprise au monde qui agit de telle façon. J'ai déjà dit lors de nombreuses manifestations, y compris à l’échelle internationale, que les fournisseurs américains ont retiré des volumes considérables de l’Europe, du marché européen, le total s'élèvant apparemment à 14 millions de tonnes du gaz naturel liquidifié. Ils les ont réorientés vers les marchés premium, d’abord en Amérique latine, au Brésil, puis en Asie : en Chine, en Corée du Sud et au Japon. Puisque ces derniers paient plus cher. Les Européens croyaient avoir des marchés « premium » – hélas, il s’est avéré que ces marchés ne se trouvent pas qu’en Europe. Les prix ont grimpé. Plusieurs facteurs ont joué : mauvaises conditions météorologiques, printemps long et froid de l'année dernière, approvisionnement insuffisant des stockages souterrains, éoliennes hors service... Tout cela a contribué à la pénurie.

Dans le même temps, les autorités gouvernementales [occidentales – ndlr] harcèlent leurs compagnies pétrolières et gazières qui n'investissent donc pas assez d’argent pour augmenter la production. C'est ainsi que la pénurie est apparue. N’ayant pas pompé assez de gaz dans les sites de stockage souterrains, elles se sont mises à le retirer massivement. Évidemment, cela pose un problème. D’ailleurs, certains opérateurs occidentaux stockent leur gaz dans des sites souterrains ukrainiens. Maintenant, ils le retirent activement afin de l’utiliser dans leurs pays. C'est bien compréhensible puisque le gaz provenant des sites souterrains coûte plusieurs fois moins cher que sur le marché.

Nous l’avons déjà dit – et je tiens à le répéter – qu'il ne faut pas détruire les contrats à long terme. La Commission européenne nous répétait sans cesse : « Non, il faut passer aux rapports de marché, le marché va tout réguler ». Voilà, le marché a régulé : plus de 2 000 dollars pour 1000m3. Terminus ! Servez-vous!

Vous avez raison, hier encore, ils criaient : au secours, c'est une expansion de la Russie et de Gazprom, ils envahissent le marché ! Nous n’envahissons rien du tout. Certes, nous livrons beaucoup [de gaz], mais nous ne sommes pas les seuls fournisseurs au marché européen. Cependant, nous sommes probablement les seuls à augmenter l’approvisionnement.

On nous dit de pomper pour couvrir les besoins du marché spot, mais nous devons d'abord répondre à la demande de nos cocontractants selon les contrats à long terme qu’on a.

Regardez ce qui se passe. L'Allemagne est notre plus gros consommateur en Europe. Mes chiffres sont peut-être approximatifs, mais elle consomme aux alentours de 50-51 milliards de mètres cubes par an. Nous leur avons fourni 5,6 milliards de mètres cubes supplémentaires, ce qui représente plus de 10 %. Écoutez, c'est un volume considérable. Nous avons également fourni 4,4 milliards de mètres cubes supplémentaires à l'Italie.

Vous venez de mentionner le gazoduc Yamal-Europe. Je vois ces accusations contre la Russie et Gazprom selon lesquelles Gazprom ne fait pas de réservations pour le trafic de gaz vers l’Europe par le trajet Yamal-Europe pour la deuxième ou troisième journée d’affilée. Que dire, si ce n’est que c’est dégoûtant. Mais cela dépasse toutes les bornes. Il [Gazprom, ndlr] n’a pas réservé le trafic parce que ses partenaires et les sociétés, au premier chef allemandes et françaises, qui achètent le gaz livré par ce gazoduc, n’ont pas fait de commandes d’achat.
Qu'y a-t-il l à transiter si Gazprom n'a pas reçu de demandes d'achat ? Qu'ont-ils fait alors ? Ils ont activé cette route en mode inverse et pompent du gaz de l'Allemagne vers la Pologne depuis plusieurs jours maintenant.

Je pense que tout le monde trouverait ça intéressant. Pourquoi ? Parce que nous livrons le gaz à l'Allemagne selon nos contrats à long terme, à des prix qui sont trois, quatre, six, voire sept fois moins élevés que sur le marché spot. Si vous revendez ne serait-ce qu'un milliard de mètres cubes de gaz, vous gagnez près d'un milliard de dollars, plus de 900 millions. C'est le business. C'est mon premier point.

Maintenant, ayant cumulé un certain volume du gaz, après avoir reçu de notre part 5,6 milliards de mètres cubes en plus de ce qui était prévu par nos contrats à long terme, ils le revendent. Mais ce n’est pas tout. Ils pompent le gaz en mode inverse, comment peut-il être donc être fourni dans l'autre sens ? Le gaz ne peut pas circuler dans les deux sens dans un même tuyau en même temps. Ils n’ont donc pas commandé et ont mis le gazoduc en marche en mode inversé.

Or, ce n'est qu'une partie de l'information.

Il existe un raccordement qui relie le système de gazoducs polonais au celui de l’Ukraine. Le volume est d'environ 3 millions de mètres cubes par jour. C'est exactement cette quantité que l'Allemagne fournit à la Pologne. J'ai toutes les raisons de croire que ce gaz est finalement fourni à l'Ukraine. Les consommateurs européens et allemands devraient savoir ce qui se passe réellement et, peut-être, demander à certaines autorités de préciser leur position.

Au lieu de livrer le gaz à la Pologne puis à l'Ukraine dans le but d'aider quelqu'un à surnager, il vaudrait mieux continuer à assurer l’approvisionnement vers l'Europe, vers l'Allemagne par exemple, et réduire les prix spot, car plus il y a de volumes sur le marché, moins le prix est élevé. Mais non, ils ont commencé à pomper à l'envers. C'est ça le problème. Quel est le rapport avec Gazprom ?

Qu’ils s’occupent donc de leurs affaires et réagissent au problèmes à temps. Et qu’ils ne pensent pas qu'ils sont si malins ou qu’ils ont la main de Dieu. Ils devraient s'attaquer aux problèmes qu'ils se sont eux-mêmes créés, et nous sommes prêts à les aider. D’ailleurs, nous le faisons déjà. Je pense l’avoir clairement démontré.