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01 mars

Lettre ouverte à Monsieur Dov Alfon, Directeur de publication de «Libération»

Monsieur Dov ALFON

Directeur de la publication

"Libération"

2, rue de Général Alain de Boissieu
75015 Paris

   

 

Non, Monsieur, notre Ministre n’a pas dit ça !

   

Paris, le "26" février 2021

 

L E T T R E     O U V E R T E

 

Monsieur le Directeur,

Je vous envoie cette lettre pour vous faire part de notre indignation, à la lecture de l’article de M. Jean Quatremer : « Face à la Russie, la riposte mesurée de l’UE » publiée sur le site de « Libération » de 22 février dernier et dont une version abrégée est parue dans le journal du lendemain.

Je laisse « l’analyse » de M. Quatremer à sa conscience, ainsi que la reprise sempiternelle des insinuations infondées sur la « tentative d’empoisonnement » etc.

Ce qui n’est cependant pas tolérable – c’est qu’il altère les paroles du ministre russe Sergueï Lavrov, qui n’a jamais dit, lui, que : « les relations diplomatiques avec l’Union [Européenne] seront [ni devront, ni devraient être] rompues ».

Cette interprétation pour le moins excessive du discours de M. Lavrov, le fait de lui attribuer des paroles qu’il n’a jamais prononcées, est appelée de toute évidence à induire vos lecteurs en erreur, et constitue un manquement grave à la Charte d’éthique professionnelle, une « manipulation » ou, plus communément « fake » ou « fausses informations ».

Ceci est d’autant plus impardonnable pour un journaliste qui, dans le même article, en attribue la diffusion à la chaîne RT. D’ailleurs, sans jamais citer d’exemples concrets. Cela n’a rien d’étonnant, car on sait très bien à quel point il est plus facile d’accuser que de prouver ses accusations, et à quel point il est plus facile de calomnier que de se disculper*. Comme on sait aussi que celui qui, le premier, crie « arrête le voleur !» est celui qui est coupable.

Et cette fois c’est bien votre journaliste qui se livre à une manipulation, en mettant dans la bouche du ministre russe ce qu’il a cru entendre ou comprendre.

Vous expliquerez sans doute que nous avons mal compris, que les mots de Sergueï Lavrov sont en italique et entre guillemets en plus, mais cela ne change rien au fait, qu’intercalant le fruit de son imagination entre deux parties de citation du ministre, M. Quatremer lui attribue ses dires. Et vous comprenez aussi bien que moi, que l’on ne fait pas habituellement attention aux guillemets et que l’on retiendra le discours direct « tel quel ».

Un procédé malhonnête et indigne d’un journal qui respecte ses lecteurs et chérit sa réputation.

 

Respectueusement,

Chef du Service presse,

Conseiller

    Serge PARINOV

    

P.S.        Vous trouverez ci-dessous, à toutes fins utiles, la citation exacte de l’interview de S. Lavrov. Sans omissions ni « valeur ajoutée ». Ne serait-ce que pour votre information.

: Nous avançons vers une rupture avec l’Union Européenne ?

S.V.Lavrov : Il faut partir du principe que nous sommes prêts. Nous sommes voisins. Sur le plan collectif ils restent notre principal partenaire commercial et en matière d'investissements aussi. De nombreuses entreprises travaillent ici, et les coentreprises se comptent par centaines et par milliers. Si ce business est mutuellement avantageux nous le poursuivrons. Je suis persuadé que sur le plan militaire nous sommes devenus parfaitement autosuffisant. Il faut assurer la même situation dans le domaine économique, au cas où nous verrions (comme cela nous est déjà arrivé à plusieurs reprises) que de nouvelles sanctions sont imposées à certains secteurs, qui créent des risques pour notre économie, y compris dans les sphères les plus sensibles (comme livraisons de composants et d’éléments de construction). Nous ne voulons pas nous isoler de la vie mondiale, mais nous devons y être prêts. Si vous voulez la paix, préparez-vous à la guerre (si vis pacem para bellum).



*Comme disait jadis Francis Bacon « Calomniez, calomniez in en restera toujours quelque chose » et comme a renchéri plus tard Frédéric Dard : « Arrosé de m…de vous aurez beau vous laver, il en restera toujours ne serait-ce que l’odeur ».