Ambassade de la Fédération de Russie en France
Ambassade: +33 1 45 04 05 50
/Service consulaire: +33 1 45 04 05 01

Allocution et réponses à la presse de Sergueï Lavrov à l'issue des pourparlers franco-russes au format "2+2"

Mesdames et messieurs,

Nous nous sommes réunis aujourd'hui au format «2+2» conformément à l'entente entre le Président russe Vladimir Poutine et le Président français Emmanuel Macron, notamment lors de leur dernière rencontre à Brégançon en août.

Le Conseil de coopération sur les questions de sécurité (c'est le nom de notre format) ne s'était pas réuni depuis longtemps. Aujourd'hui nous avons exprimé l'avis commun que la décision de nos présidents était très opportune. Notre conversation a été très utile.

Le format «2+2» est une bonne opportunité d'analyser les problèmes centraux de notre époque dans leur ensemble, sous un angle aussi bien diplomatique que militaro-politique. Et là où c'est possible - tenter de déboucher sur des démarches communes ou coordonnées. Aujourd'hui nous avons désigné plusieurs axes sur lesquels nous jugions un tel progrès tout à fait possible et nécessaire.

Nous avons accordé une attention particulière à la sécurité dans l'espace euro-atlantique. La situation n'y est pas satisfaisante. Nous avons exprimé notre vision des raisons d'une telle situation, qui résident dans la ligne destructive de plusieurs pays occidentaux, notamment des États-Unis, visant à contenir la Russie, à déplacer les lignes de démarcation plus près des frontières russes dans le cadre d'une expansion sans réserve de l'Otan et d'un renforcement du flanc "Est" de l'Alliance.

Nous avons attentivement écouté l'avis français sur la situation actuelle dans l'espace euro-atlantique, notamment les idées exprimées par le Président français Emmanuel Macron dans ses derniers discours, en particulier lors de la réunion des ambassadeurs de France à l'étranger fin août, visant à créer une architecture de sécurité européenne avec la Russie, et non sans elle ou en lui faisant contrepoids. Pour notre part, nous avons exprimé une totale disposition à un travail commun afin de créer en Eurasie et dans la région euro-atlantique un espace de paix, de sécurité et de large coopération dans le cadre de la décision prise par les chefs d’État et de gouvernement au sommet de l'OSCE à Astana en 2010. Il est évident que toutes ces discussions sur les aspects pratiques de la sécurité doivent s'appuyer sur le principe de "sécurité égale et indivisible" proclamé par l'OSCE, selon lequel aucun État ne doit renforcer sa sécurité au détriment de celle des autres.

Nous nous sommes arrêtés en détail sur la situation dans le domaine de la stabilité stratégique après le retrait des États-Unis du Traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire (FNI). Notre position à ce sujet est connue, elle a été réaffirmée plusieurs fois par le Président russe Vladimir Poutine: nous ne déploierons pas de tels systèmes dans les régions où ne seront pas installés de tels systèmes américains. Nous avons également proposé à nos collègues otaniens de s'entendre à ce sujet, mais pour l'instant l'Otan s'abstient de réagir concrètement.

Nous avons évoqué la situation autour du Traité de réduction des armes stratégiques (START), du Traité sur l'interdiction complète des essais nucléaires (TICE), ainsi que les préparatifs de la nouvelle conférence d'examen du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP) qui se tiendra l'an prochain. Il existe de sérieux risques dans tous ces domaines. Les puissances nucléaires doivent bien évidemment prendre conscience de leur responsabilité pour empêcher la dégradation dans le secteur de la stabilité stratégique.

La Russie est particulièrement préoccupée par la perspective d'un transfert de la course aux armements dans l'espace extra-atmosphérique. Les États-Unis ont déjà pratiquement prévu une telle possibilité dans leurs documents doctrinaux. Nous avons demandé aujourd'hui à nos partenaires français d'expliquer les termes de la Doctrine spatiale militaire de la France qui a été adoptée le 25 juillet dernier. Par rapport au thème spatial nous avons appelé nos collègues à adopter une approche responsable des discussions à l'Onu et pendant la Conférence du désarmement de Genève concernant la proposition de la Russie, de la Chine et de plusieurs autres pays d'adopter un document juridiquement contraignant pour empêcher le déploiement des armes dans l'espace.

Nous avons évoqué la situation au sein de l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques (OIAC). Nous avons partagé nos craintes face aux tentatives, allant à l'encontre de la Convention sur l'interdiction des armes chimiques, d'octroyer au Secrétariat technique de cette Organisation des fonctions qui incombent uniquement au Conseil de sécurité des Nations unies. Nous sommes convenus de poursuivre le dialogue sur ce thème.

Nous avons échangé de manière constructive nos avis sur la situation au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, y compris l'absence d'alternative au règlement politique de la crise en Syrie en s'appuyant sur la résolution 2254 du Conseil de sécurité des Nations unies et sur les décisions du Congrès du dialogue national syrien. Nous nous sommes mis d'accord pour poursuivre le travail coordonné dans la lutte contre les terroristes qui restent sur le territoire syrien, dans le règlement des problèmes humanitaires, pour contribuer au retour des réfugiés et pour initier le processus de paix en créant le Comité constitutionnel.

Nous avons abordé la situation en Libye, au sujet de laquelle nos positions sont très proches. Nous appelons toutes les parties, et avant tout celles dirigées par le Premier ministre du Gouvernement d'entente nationale de la Libye Fayez el-Sarraj, d'une part, et le maréchal Khalifa Haftar de l'autre, à s'asseoir à la table des négociations.

Nous sommes convenus de coopérer en Centrafrique où opèrent des militaires russes et français en coordination avec la mission de l'Onu en Centrafrique.

Nous nous sommes entendus pour poursuivre la coopération afin de préserver le Plan d'action global commun sur le programme nucléaire iranien. Nous sommes mutuellement convaincus qu'il n'existe pas d'alternative raisonnable à ce plan. Nous saluons (et cela a été réaffirmé hier lors d'un entretien téléphonique entre le Président russe Vladimir Poutine et le Président français Emmanuel Macron) les initiatives entreprises par la France et son Président pour trouver une entente permettant de maintenir à part entière le Plan d'action en garantissant les intérêts économiques légitimes de l'Iran comme ce texte le prévoit.

Nous souhaitons mutuellement faire retomber la tension dans le Golfe. L'initiative russe de Convention de garantie de la sécurité collective dans cette région stratégique suppose le règlement de tous les problèmes à travers le dialogue. A ce que nous sachions, nos partenaires français avancent également des idées visant à organiser un processus diplomatique avec la participation de tous les acteurs intéressés. Il y a également une place pour notre coopération sur ce thème.

Nous avons abordé d'autres questions de l'agenda régional et mondial, notamment le Venezuela et la péninsule coréenne.

Nous avons étudié la situation en Ukraine en partant de la nécessité inconditionnelle de mettre en œuvre les Accords de Minsk à part entière. Nous espérons que les nouvelles autorités de Kiev feront preuve de volonté politique et entameront l'accomplissement des engagements pris par l'Ukraine, notamment dans le cadre du Format Normandie et du Groupe de contact. Côté russe, nous avons noté très positivement la déclaration du Président ukrainien Vladimir Zelenski selon laquelle il souhaitait régler, par un travail au "format Normandie" et au sein du Groupe de contact, les questions relatives à la séparation des forces et des moyens sur la ligne de contact, à commencer par les régions désignées il y a trois ans déjà par les dirigeants du Format Normandie, puis tout le long de cette ligne. Cela correspond parfaitement aux attentes de ceux qui souhaitent la mise en œuvre des Accords de Minsk dans leur intégralité. Nous avons exprimé l'espoir que cette position du Président ukrainien Vladimir Zelenski déterminera désormais la ligne du pays visant à régler la crise dans le Donbass, et que les déclarations faites jusqu'à récemment par certains membres de son équipe, selon lesquelles Kiev ne serait pas satisfait par différents aspects des Accords de Minsk, n'auront pas de force juridique ni politique.

Si nous parlons non pas des Accords de Minsk et du Donbass, mais des relations russo-ukrainiennes bilatérales, nous avons exprimé notre satisfaction vis-à-vis de l'échange de prisonniers d'avant-hier - 35 contre 35. Cette action a été largement couverte par les médias. Elle a été saluée par tous nos partenaires et ceux de l'Ukraine sans exception. Nous espérons que c'est un bon signe qui permet d'espérer qu'en parallèle du règlement de la situation dans le Donbass se normaliseront les relations russo-ukrainiennes, et que les décisions agressives, antirusses et unilatérales prises par le régime de Piotr Porochenko seront annulées afin de garantir dans nos relations le respect mutuel et le respect des minorités nationales en Ukraine et en Fédération de Russie.

Nous sommes très satisfaits par le travail effectué. Avant le début de notre réunion au format «2+2» ont eu lieu des réunions à part des ministres des Affaires étrangères et de la Défense. Avec Jean-Yves Le Drian nous avons évoqué les relations bilatérales, y compris notre coopération commerciale et économique, la préparation  du festival "Saisons russes" en France en 2020, ainsi que de l'Année croisée de la coopération régionale franco-russe en 2021. Nous avons abordé de nombreux problèmes relatifs à l'activité des représentations diplomatiques et de notre coopération dans le domaine du droit.

Question: La semaine dernière, le nouveau chef du Pentagone Mark Esper a déclaré pendant sa rencontre avec la Ministre française des Armées Florence Parly que la Russie était la menace principale pour la sécurité internationale, et a appelé cette dernière à agir comme un «pays normal». Que pouvez-vous dire à ce sujet?

Sergueï Lavrov: Si c'est ce qu'il a dit, je note qu'il nous a appelé à agir comme un «pays normal», et non comme les États-Unis. Parce que sinon nous devrions, en agissant comme les États-Unis, bombarder l'Irak, la Libye en bafouant grossièrement le droit international, allouer au budget national des millions pour s'ingérer dans les affaires d'autres pays, comme l'a fait le Congrès, en chargeant le Département d’État américain de dépenser vingt millions de dollars par an pour «promouvoir la démocratie» en Russie et probablement pour soutenir des coups d’État armés anticonstitutionnels, comme l'ont fait les États-Unis avec leurs alliés les plus proches en février 2014, quand l'opposition ukrainienne, sous la pression des radicaux et des néonazis, a rompu l'accord signé par des membres respectables de l'UE.

Il faut comprendre ce qu'est la «normalité» aux yeux de nos collègues américains, notamment de Mark Esper. C'est le nouvel homologue du Ministre russe de la Défense Sergueï Choïgou. Il ajoutera peut-être quelques mots. Je sais que quand nos chefs d'état-major ont communiqué par téléphone la dernière fois, le général américain a fait part de la volonté de Mark Esper d'établir le contact avec son homologue russe.

Je félicite RT d'avoir été qualifiés de journalistes aujourd'hui.

Le Ministère des affaires étrangères de la Fédération de Russie